
Ceux qui ont de bons yeux distingueront peut être mon itinéraire, tracé très approximativement. En jaune les trajets en avion, en marron les trajets en voiture/train/bus...
Les autres... bah... tant pis..
Decidement, la mousson s'attarde cette annee... Alors que l'espacement des averses -et meme des rayons de soleil entrevus- ce week end nous laissaient esperer une amelioration, depuis hier, c'est de nouveau le deluge.
On aurai cru qu'une pluie battante aurai douche les enthousiasmes, mais non, lorsque nous arrivons pour distribuer les brosses a dents-dentifrices apportes par les etudiants en dentaire, c'est la cohue. Tous les gamins se bousculent, autant par hate d'avoir sa brosse, que, (au moins pour certains), le plaisir de crier, se bousculer, de l'excitation generale. Nous passons deux heures assez ereintantes, a essayer de constituer une file indienne -heureusement des jeunes filles du bidonville nous ont prete main forte-, filtrer le passage, puisque chaque enfant recevant une brosse a dents voyait son ongle colorie au marqueur, pour eviter la fraude, donc ca allait assez lentement, et a essayer de proteger les plus petits de la bousculade. Ce qui consistait en gros a s'introduire dans la queue derriere eux et a resister a la poussee de la file derriere.
On en ressort avec nos pantalons trempes, une tete au bord de l'explosion, mais au moins, la distribution aura ete un succes -meme si, malheureusement, tous n'ont pu en avoir cette fois, tout le stock ayant ete distribue, ils devront attendre la fois suivante-.
Apres cela, l'effervescence est telle chez les gamins, que nous renoncons a tenter des "soins" plus medicaux, puisque nous aurions aussitot ete encerclees par tous les gamins deja bien excites qui auraient exhibe des croutes deja cicatrises reclamant a corps et a cris un "bandage ! didi bandage !" ... On commence a connaitre la chanson, a savoir reconnaitre les plaies a bander, le bobo sur lequel du mercurochrome fera l'affaire (le mercurochrome ayant cet immense avantage que, la plaie coloree de rouge, le gosse ne risque pas d'aller voir une autre didi pour redemander un bandage, des fois que ca marcherai...), et les croutes, qui n'ont besoin de rien. Heureusement nos propres et pieds un peu egratignes nous donnent une certaine credibilite, quand un gamin fait manifestement "du cinema", on peu lui montrer nos propres croutes et l'imiter... En general, il eclate de rire et accepte notre refus.
Aujourd'hui par contre, journee bien plus satisfaisante du point de vue des soins, et du contact avec les habitants. Nous avons retrouve les deux plaies "a suivre" introuvables l'autre jour. La blessure de la gamine se guerit bien, et l'homme a la brulure nous affirme qu'il n'a plus mal -meme si la plaie necessite toujours des soins-. J'ai amene mon appareil, et discretement, je prends quelques photos "generales" du bidonville, afin de ramener un support visuel, pour expliquer la realite si dure a decrire. Et puis evidemment les gamins remarquent l'appareil, et on est bonne pour les prendre en photos (ils sont litteralement en transe des qu'on parle de photographie. Et exigeants avec ca : la deception que mon appareil ne soit pas numerique et donc qu'ils ne puissent se voir a l'ecran !).
La famille de "l'homme a la brulure" que nous avons soigne chez lui, a l'abri dans l'intimite de sa petite maison -au calme, sans agitation autour, c'est appreciable-, semble sincerement heureuse que nous ayons pense a revenir le voir, et nous offre le chai le fameux the au lait aux epices (ou plutot, Lait au sucre aux epices, avec un peu de the), c'est tres tres bon, et meme si on ne communique pas vraiment -au dela de l'echange des prenoms, c'est comme pour la seance henne : c'est une petite bulle, paisible, agreable, on rit de nos incomprehensions mutuelles, mais il n'y a aucune gene.
Sur le chemin du retour, alors que nous arrivons en bas du bidonville, nous rencontrons une cohorte de gamins de retour de l'ecole, dans leurs uniformes bon marche, c'est encourageant de voir que certains au moins sont scolarises, et la, je commets l'erreur fatale : avisant la plaie un peu infectee d'un gamin, je m'arrete, m'agenouille, pensant faire un soin rapide et puis voila... Mais non, evidemment, c'est aussitot l'attroupement tout autour, j'ai un genou dans la boue, et si mon sac s'en tire sans taches de betadine, ce sera un miracle, et tout aussi evidemment chacun veut se faire soigner... Il y a en a beacoup que l'on refuse sans probleme de conscience, mais voila une, deux, trois plaies qui sont moches et ont besoin de quelque chose... Alors les genoux dans la boue, l'une debout derriere l'autre pendant qu'elle s'affaire avec les compresses et les tulles gras, pour amortir la bousculade, on bande ces trois plaies, et puis hop hop, on remballe et on s'en va, apres un dernier bye bye... Quel contraste avec ces soins que l'on parvient a faire dans le calme des cabanes ! Mais au moins apprend on a garder contenance dignite et calme dans toutes les situations -non je ne noierai pas dans le puits le mome qui me hurle didi dans l'oreille comme si ca allait me convaincre de lui poser un pansement sur sa croute, non je ne le ferai pas, ce serai pas sympa d'infecter l'eau de tout le bidonville par sa faute.
De nouveau bilan positif aujourd'hui, plus de hauts que de bas, ca fait du bien.
En dehors de cela, nous decouvrons chaque jour un peu plus notre quartier, la complexite et les contradictions du quotidien Indien. Notre quartier, je l'ai deja dit, est residentiel, plutot aise. Aussi on t il reagi assez vite devant les degats causes aux rues par la pluie, et des travaux ont ete entrepris... Mais quel manque ahurissant de moyens, meme la ! En gros sur le chantier, en dehors d'un rouleau compresseur tricentenaire (au moins) deux instruments : des beches, et de grands plateaux concaves, qui servent a transporter des gravas, la pluspart du temps juches sur la tete de femmes (pas de brouettes etc)... Et ca s'observe un peu partout... On construit une maison ? les briques sont transbahutees de la meme maniere, point de betonniere pour le mortier, on melange le tout a la beche-pelle sur le sol, et on transporte la mixture toujours dans les memes recipients... et ne parlons pas des echafaudages en bambous ou en metal dans le meilleur des cas, mais toujours plus que precaires...
Dans un autre registre, nous avons decouvert un multiplexe de cinema qui n'a rien a envier aux salles occidentales, au sein d'un centre commercial qu'on jurerai tout droit sorti des etats unis, dans l'architecture et l'organisation, avec les escalators (qui laissent perplexes pas mal d'indiens, hesitants a l'idee de les emprunter (le centre a ouvert tout recemment apparement)), ascenceurs de verre, etc... Il est sur le bord de la grande voie rapide qui traverse la banlieue de Mumbai, mais autour, et en bordure de cette route, des chemins defonces, des mendiants, des cabanes auxquelles les habitations du bidonville n'ont rien a envier, des gosses en haillons... Bref la misere omnipresente.
Encore un exemple : la separation des sexes toujours bien presente dans la societe Indienne, aussi bien dans les transports (et c'est un bien) que dans les relations sociales, surtout dans les classes les plus pauvres, (et c'est deja moins bien car souvent au desavantage de la femme), et pourtant, au centre commercial, ou la jeunesse riche du coin vient s'empifrer au mac do, ou dans le Food bazaar qui vend aussi des produits indiens et internationnaux, et la, on peut voir des groupes de jeunes habilles a l'occidentale, mixtes et manifestements tres a l'aise...
Il y a vraiment de quoi devenir schyzo, toutes ces contradictions..
Il est temps que j'y ailles, mais une derniere precision, pour repondre a la question posee plus tot : je debarque en France le 28 septembre au matin.
Et j'ai hate de retrouver une douche chaude, un lit confortable, des fruits frais, du chocolat noir aux noisettes, de la viande.... (non non on n'est pas du tout frustrees ici), de faire les milles et une choses que j'ai a faire (des inscriptions au changement d'ordi) et bien sur, surtout, de revoir les bora bora (non non c'est pas demago de dire ca).
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Je t'appellerai à ton retour en France
Bon retour, je t'embrasse Marie (ta cousine)