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Ceux qui ont de bons yeux distingueront peut être mon itinéraire, tracé très approximativement. En jaune les trajets en avion, en marron les trajets en voiture/train/bus...

Les autres... bah... tant pis..

 

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Samedi 17 septembre 2005

On s'installe dans une routine precaire, au bidonville. On a renonce au grand sac plastique air france (un genre de cabas), trop peu pratique et dans lequel les petits curieux pouvaient trop facilement fouiller, et on l'a remplace par nos sacs a dos, bourres jusqu'a la gueule de compresses tulles gras et desinfectant. On a appris a eviter certains ados pour qui un petit groupe d'occidentales ne parlant pas trois mois d'hindi (nous debarquons a deux, trois ou quatre en general) est une proie un peu trop tentante a titiller. Nous preferons marcher entre les "maisons" d'ou on nous appelle de loin en loin. Alors nous enlevons les chaussures, on entre, pour constater la brulure de l'un la plaie de l'autre, des blessures traumatiques que nous pouvons soigner, ou bien, une cruelle impuissance devant des maladies dermatos, des oreilles infectees, des vieilles fractures mal reparees.

Peu a peu nous tentons un certain suivit des blessures qui sont a la fois serieuses et soignables : on revient le lendemain, ou le surlendemain, pour voir comment ca evolue, et recommencer les memes gestes, refaire un pansement propre.

Le bidonville est un lieu tres etrange. Je l'ai deja dit, je crois, une des choses qui me destabilise le plus, en Inde, c'est que je n'ai aucune cle pour comprendre vraiment ce que je vois. Notre societe, nos villes, notre conception de la vie, tout est tellement fondamentalement different que les jugements, les evaluations d'une situation, que je peux faire sont au mieux approximatif, au pire totalement errones.

Le bidonville, donc. Il est tres vert et tres sale, dans les allees une eau stagnante, melange de detritus, pipi de chevre, boue et autres matieres indefinissable, organise, autour d'un puits, de latrines (ou ce que l'on pense etre des latrines) et de grandes allees principales, et labyrinthique, desorganise... Les pieds des habitants sont bouffes par des mycoses, et que peut on y faire ? Leur dire de garder les pieds au sec ? Ne les faisons pas rire... Les conditions sanitaires sont effroyables...

Certaines familles, qui nous invitent a boire un the, ont l'air heureuses, vraiment. Le couple aimant de parents, et interesses par nous autres occidentaux, et la tribu de gamins gravitant autour. Attention, je ne tombe pas dans un angelisme d'occidentale, evidemment leur vie serait sans doute meilleure s'ils ne vivaient pas dans une baraque en baches-armature de bois ou de planche, qui fuit de partout, si les gosses etaient soignes et pouvaient beneficier d'une meilleure ecole etc... Mais malgre tout, en les voir ainsi, ca ressemble furieusement a du bonheur.

Mais a cote de cela, il y a ces choses que l'on voit et qui heurtent, comme cette gamine, perdue au milieu des autres venus pour des bobos, avec une enorme entaille au front. Lorsque je la desinfecte elle ne bronche pas, esquisse meme un sourire triste -et pourtant, ca pique-. La plaie est profonde et peine a cicatriser, il est trop tard pour en rapprocher les berges, et elle aura une cicatrice. En achevant son pansement et en deplacant des meches de cheveux, je decouvre, juste au dessus, une cicatrice, d'une vieille blessure, en tout point semblable. Ce ne sont pas des accidents, ce n'est pas possible, trop profond, trop precis, au meme endroit. Cette gamine qui se sauve deja, dans sa tenue rouge, qui est venue seule -et non pas avec un frere/soeur/parent- a un croque mitaine qui gravite autour d'elle, et je n'y peux rien, si ce n'est bander une plaie. Mais dans un mois, dans un an, il y aura d'autres cicatrices.

Il y a cette femme vue dans le train, avec des coupures cicatrises plein les avant bras. Blessures defensives. L'inde et ses 40% de femmes battues, deux fois la moyenne mondiale.

Notre impuissance devant tant de blessures, et le cote derisoire de notre action ponctuelle me font -nous font- remettre en question ce que l'on fait la maintenant. Meme si je crois toujours a ce que j'ai dit sur la dynamique insufflee au bidonville par notre action, (et dieu sait que je me suis investie dans cette assos, dans ce projet et que j'y crois), meme si nous aidons ponctuellement quelques personnes, ce n'est pas suffisant. Je pense que nous serions plus utiles -et apprendrions d'autant plus de choses nous meme- dans un dispensaire genre mere theresa a Calcutta, pour aider au sein d'une structure contenant egalement des soignants plus competents, en reorientant notre projet ici, en l'axant plus sur l'avenir, via le developpement du parainage ou autre...

Meme si ce que nous vivons maintenant est une experience formidable, ne serai ce que par le contact avec les habitants, la frustration de l'impuissance est trop grande. Enfin bref, ce sont des choses a creuser.
Par Anne-Laure - Publié dans : Voyage
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