Partie hier soir de Tanjore, par le train de nuit, j'arrive, les yeux encore englues par le sommeil a Madras (=Chennai) (vous l'aurez remarque, hors de question de faire simple, plus il y a de noms pour tout, plus il y a de confusions possibles, c'est tellement mieux comme ca...).
Le train de nuit... Premiere classe a nouveau, petite chanceuse que je suis. La premiere classe... Pays surpeuple et habitude de la promiscuite oblige, ici, pas de compartiments. Imaginez un grand dortoir, mais pas trop sordide non plus, hein, c'est la premiere classe malgre tout. Donc sur votre gauche, des blocs de 4 couchettes (comme dans les wagons corails francais sauf que ce n'est pas "solidement" compartimente), fermes, si l'on peut dire, par des rideaux, et sur votre droite, des blocs de deux couchettes, l'une en dessous de l'autre dans le sens de la longueur. On a le droit a un oreiller, au journal du jour, a des draps qui sentent bon le citron, et a une couverture, dont l'odeur est, par contre, plus affiliee au chien mouille qu'aux agrumes. Air conditione plus ventilos (heureusement munis d'un interrupteurs), c'est limite si on a pas froid pendant la nuit.
Le trajet est laborieux, ponctue de nombreux arrets qui me tirent du sommeil, mais finalement relativement confortable.
5h du matin, me voila sur le quai de Chennai, yeux et esprits embrumes, et je suis le chauffeur du taxis vers son vehicule, on en a pour une a deux heures pour gagner Mahabalipuram.
Il fait nuit, une nuit sombre, chaude et humide, et au loin, des clartes diffuses d'orages illuminent les nuages. Les rues sont quasi vides, sans doute aussi proche du vide qu'il est possible de l'etre dans une ville Indienne, peu de klaxons, l'air se charge de plus en plus d'humidite, au fur et a mesure qu'on s'approche du bord de mer et de l'orage. Une odeur profonde et boisee, l'odeur de la terre avant la pluie envahit l'habitacle, la pluie se met a tomber, et sur le pare brise, elle diffracte les phares des voitures arrivant. La voiture est un petit ilot de calme dans tout cela, et bizarrement, l'orage qui gronde autour, la pluie battante et les quelques mots que le chauffeur m'adresse de temps a autre, me bercent, dans un etat semi comateux. Je suis bien.
Une heure et demie plus tard, je m'effondre sur le lit de la chambre de l'hotel, pour me reveiller, deux heures plus tard, encore habillee et la joue froissee. L'orage a a peine allege l'atmosphere, toujours tres humide.
Tiens, profitons en pour parler du "south Indian Breakfast", servi dans tout hotel sud-indien se respectant. Alors nous avons, en dehors du the, du jus de fruit frais (papaye, ananas) et des fruits frais, des mets typiquement indiens : un Idli, une boulette de riz blanc fermente, une dosa, crepe tres fine, a base de farine de lentille (merci le lonely planet pour l'explication), un puri une pate souffle, et un espece de beignet aux pommes de terres et aux epices. Le tout acompagne d'un peu de chutney et d'epices pour agrementer le tout. Non seulement c'est succulent mais on est cale pour un bon moment.
Mahabalipuram, que je decouvre aujourd'hui est un village vraiment agreable, loin de l'agitation des villes, la circulation n'est pas intense et se limite surtout a un axe principal. Petit village touristique de bord de mer, avec ses pecheurs et ses tailleurs de pierres.
Ses sites historiques sont absolument epoustouflants : des temples (qui ne sont plus usites, mais qui restent tres bien conserves) litterallement tailles dans la montagne. Au sens propre du terme. Des cavites ont ete creusees, patiemment, pour etre ornees de colones, de sculptures et de statues diverses, dedies aux differents dieux. A le lire ca n'a peut etre l'air de rien, mais il faut le voir, vraiment !
Comme ces "fives rathas", ces cinq temples monolithique en forme de ratha (=char de parade), dedies a cinq des grands dieux indiens, ont ete tailles dans des blocs de granit preexitants. Certains ne sont pas acheves, laissant voir la methode de travail : on part du haut et on descend progressivement, comme si les somptueux edifices avaient toujours ete la, qu'il suffisait de creuser...
Ajoutez a cela le "shore temple", un petit temple pres du rivage, qui resiste a l'usure des embruns depuis le XIIIe siecle, et vous comprendrez pourquoi les touristes affectionnent cet endroit... (il y en a plus qu'ailleurs, mais relativement peu, c'est vraiment la bonne saison).
Forte de mon experience du Nepal et des visistes des temples indiens, je commence a connaitre les cles necessaires au decryptage de certains symboles religieux. Chaque grand dieu (Shiva, Vishnu...) est dote d'un "vehicule", un animal qui lui sert de transport terrestre (le Nandi (taureau), le lion...), ainsi que d'un symbole le representant (lingam...). Cela permet aux fideles de s'y retrouver, puisque si les noms des divinites peuvent changer selon les regions, ces symboles restent les memes.
Je suis donc maintenant capable d'identifier certains de ces temples, nottament ceux de Shiva. Malheureusement, je mets un peu trop de coeur a l'ouvrage, et j'ai tendance a voir Shiva partout. Parce que ces petits rigolos, ils peuvent tres bien s'amuser a mettre un taureau dans une fresque, mais un vulgaire taureau, pas le nandi, vehicule sacre, et moi, me raccrochant a ce que je peux devant ces immenses bas reliefs, de me dire "oooooooooh un autre temple dedie a Shiva", et de lire dans mon guide "temple dedie a Vishnu, au centre de la fresque [...] noter sur le cote une scene villagoise, avec un boeuf".... Sans commentaires.
Alors que je flane entre les differents petits temples creuses dans la meme montagne, je me fais aborder par un jeune homme qui commence a me donner des explications, il est dans une ecole de tailleurs de pierres, et c'est son jour de conge alors il donne des explications "free, cadeau" m'assure t il dans un grand sourire alors que je lui signifie que je ne veux pas de guide. Ouais, tu parles charles, je le vois venir gros comme une maison ca va pas etre cadeau au final, rien n'est cadeau ici. Et, O surprise, au detour de la visite, alors que l'on repasse devant la rue "viens voir mon ecole", (ben voyons !), et la, evidemment, il me presente son maitre et dans une piece couvertes d'etageres croulant sous de petites scultures ils commencent a m'en faire la promotion, par le menu. C'est de bonne guerre, remarquez.
Neanmoins je suis loin d'etre stupide et je sais desormais eviter les pieges. Et il est vrai que les statuettes ici sont nettement plus belles, mieux travaillees que dans certaines boutiques longeant les sites touristiques. J'en choisis deux, et voila venu le temps des negociations. Roupies ou dollards ? J'ouvre de grands yeux, joue l'innocente "Roupies !" (genre "hein, dollard, vous dites ? quel etrange mot ! Ca se mange ?), puis je negocie leur prix en roupies "mmm, vous etes surs ? je crois que je vais reflechir..." c'est fou ce que ces mots magiques aident a diviser un prix... On se met d'accord, ils ont beau me jurer leurs grands dieux que je les mets sur la paille, leurs grands sourires et leur reconnaissance (merci d'aider notre ecole), dementent leurs propos... Finalement tout le monde est content, je n'ai sincerement pas le sentiment de m'etre fait rouler, et puis, tout est relatif.
Un euro pour moi, c'est 50 roupies pour eux, dans ce coin de l'Inde frappe par le tsunami il y a peu. J'ai toujours eu mauvaise conscience a marchander dans ces pays, je ne suis pas le genre "c'est une lutte a mort et JE vais gagner", et tant mieux pour eux finalement...
[il y a encore bien des choses a dire, mais je poursuivrai un autre jour]

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