Carte

Ceux qui ont de bons yeux distingueront peut être mon itinéraire, tracé très approximativement. En jaune les trajets en avion, en marron les trajets en voiture/train/bus...

Les autres... bah... tant pis..

 

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Lundi 26 septembre 2005 1 26 /09 /Sep /2005 00:00

Enfin du soleil ! Apres une semaine tres pluvieuse (on a eu jeudi et vendredi deux jours de pluie quasi ininterrompue), un samedi hesitant, le dimanche etait radieux.
Resultat, on a vraiment profite de ce dernier week end a Bombay, qui, pourtant, n'est pas une ville tres agreable : Nous sommes allees a l'Ile Elephanta. Une heure de bateau pour y aller... En bonnes radines on a pris la classe economique (parce qu'il y avait 20 bonnes roupies de difference avec la classe Deluxe, ce qui fait bien, oh, 35 centimes d'euros), et les autres touristes etant moins rapia que nous, on n'est qu'avec des indiens sur le petit bateau. Nous voila bonnes pour etre devisagees une fois de plus, (certains ne se genent vraiment pas, il y en a meme qui prennent des photos avec leur portable...) mais a force on en prend l'habitude...

Il fait beau et tres chaud (le choc thermique va etre rude au retour en France... Ce que nous appelons ici une temperature fraiche est quand meme une temperature a laquelle nous nous baladons bras nus et en pantacourt sans eprouver le besoin d'etre plus couvertes), mais heureusement, la vegetation luxuriante de l'ile assure de l'ombre au chemin-escalier qui permet de monter jusqu'aux grottes-temples situees un peu plus haut dans l'ile. D'ailleurs, en plus des arbres, des baches sont tendues au dessus du chemin, ce qui rajoute de l'ombre... Moi, toujours aussi naive oooooh ils sont sympa, ils ont pense a proteger le chemin pour pas qu'on meure de chaud... Tu parles. Au bout de tant de temps on pourrai penser que j'ai integre la lecon rien n'est desinterresse : les baches sont tendues par des vendeurs de statuettes, tee shirts, et diverses attrapes-touristes au dessus de leurs etals, sachant pertinement que le touriste est plus enclin a s'arreter a l'ombre que sous un soleil de plomb.
Autour de nous, une grande majorite d'Indiens -comme d'habitude, meme sur les sites touristiques-, l'Ile Elephanta etant apparement une excursion classique le dimanche : l'environnement est agreable, les familles indiennes apportent leur pique nique (rien a voir avec nos sandwichs a nous, il faut comprendre par la, la cantine pleine de riz, les legumes, les sauces et les couverts en fer blanc), des raquettes de badminton, ou meme l'eternelle batte de cricket (j'ai toujours pas compris en quoi consistait ce sport mais ils en sont vraiment dingues).

Et pres de tout cela, des grottes-temples, dont les statues ont malheureusement ete en partie detruites par les portugais, mais les statues restantes demeurent impressionantes. L'ensemble est dedie a shiva, et un musee en anglais nous aide a comprendre la signification des statues... Parce que sans explications, l'interet est moindre et le touriste idiot "Oh il y a trois tetes laaa !". Au moins, apres etre passe par le musee, on peut s'exclamer "Oh ! Un shiva Tricephale symbolisant la destruction (sourcils fronces pas content), le maintient de la cohesion du monde (l'air paisible et serieux), et la creation (tete douce et feminine avec un lotus) !".

Aujourd'hui, lundi, il fait tout aussi beau (et tout aussi chaud), et on prepare des crepes pour ce soir : un des habitant du quartier "riche" (ayant une maison un peu plus en dur) qui a l'habitude de guider les benevoles dans le bidonville et de passer du temps avec eux (donc nous aussi), nous a invites chez lui, et nous amenons les crepes (apparement d'autres francais en ont deja fait car ils connaissaient).

Je repars demain soir et j'ai encore des choses a faire : demain matin, musee sur Bombay, demain apres midi, une derniere fois au bidonville... et demain soir, rejoindre l'aeroport... Comme a chaque fois, tout s'accelere et alors qu'on pensait avoir tout son temps, la fin est imminente...
Mais pour etre totalement franche, une partie de moi poussera un petit "ouf" de soulagement lorsque l'avion decollera.

Pourtant, mon sejour m'a plu, l'Inde m'a eblouie, fascinee... En voyageant dans un pays totalement inconnu, en m'asseyant dans des bus ou des trains toutes portes et fenetres ouvertes, et en me laissant porter, ou en errant dans les dedales des villes indiennes, je ressens une forme de liberte absolue qu'il est dur de retrouver ailleurs. Je suis hors du quotidien, dans mon monde...
Mais l'Inde m'a, egalement par moments, exasperee, choquee ou boulversee. On ne rentre pas en Europe avec le meme regard, apres avoir vu tout ca. La misere tellement omnipresente qu'elle en devient banale, qu'on en arrive a ne plus regarder les enfants mendiants pour ne pas leur laisser l'espoir d'obtenir de nous quelque chose et parce que tous les guides, et les indiens le disent... Ne pas encourager les enfants a mendier... Mais ce n'est pas parce que c'est la chose a faire que c'est facile, ces gosses sont en haillons et dorment Dieu sait ou... Les taudis, partout ou la ville leur laisse la place, sous les ponts, entre deux immeubles (sauf dans les quartiers suffisament chics pour avoir une organisation privee avec gardiennage etc), en bordure de voie ferree ou de voie rapide...Il y a les lepreux, qui vous tendent leurs moignons, alors que la lepre, ca se soigne...
Il y a ces images qui me hantent, de corps sur les trottoirs : un homme nu, recroqueville a la sortie d'une gare de bombay, sur un coin de trottoir, harcele par les mouches mais immobile ; une silhouette de gamin, dix ans a tout casser, etendu en travers d'un trottoir, pres de la gare de Trichy, un morceau de tissu recouvrant la moitie de son visage et une partie de son corps ; et a chaque fois la meme indifference (ou impuissance) des passants, et la meme pensee et s'ils etaient morts, qui s'en rendrait compte ?. Et puis il y a la salete, les monceau d'ordures aux coins des rues, les gosses qui se soulagent dans les allees du bidonville ou des petites rues entre les taudis des villes, les odeurs de pourriture ou d'urine... (En gros, a notre retour on trouvera chatelet les halles rutilant de proprete)...
On pourrai ajouter a cela les problemes de communication qui sont parfois exasperants, et puis continuer, parce que finalement ici tout est tellement different, depaysant qu'il faut faire l'effort de s'adapter... Alors pour tout cela, oui, je serai soulagee d'etre dans l'avion.

Mais plus encore, pour les paysages du sud, pour flaner dans les temples, me faire toute petite dans un temple Jain, sans trop oser photographier une ceremonie en cours (jusqu'a ce que deux japonnaises ne debarquent avec un guide, mitraillant tout au flash et me decomplexant un peu, avec mon flash desactive), pour me perdre dans les rues, m'assoir dans un train de banlieue a cote de la porte ouverte afin de profiter du courant d'air, pour les experiences culinaires plus ou moins probantes, pour les routards ou les indiens sympa rencontres en route, pour le choc salutaire du bidonville, pour le henne sur les mains, pour un homme qui vous dit qu'il n'a plus mal, ou pour un pansement bien fait, pour bousculer mon quotidien, pour tout cela, si c'etait a refaire, je le referai, les yeux fermes.

Par Anne-Laure - Publié dans : Voyage
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Mercredi 21 septembre 2005 3 21 /09 /Sep /2005 00:00

Decidement, la mousson s'attarde cette annee... Alors que l'espacement des averses -et meme des rayons de soleil entrevus- ce week end nous laissaient esperer une amelioration, depuis hier, c'est de nouveau le deluge.

On aurai cru qu'une pluie battante aurai douche les enthousiasmes, mais non, lorsque nous arrivons pour distribuer les brosses a dents-dentifrices apportes par les etudiants en dentaire, c'est la cohue. Tous les gamins se bousculent, autant par hate d'avoir sa brosse, que, (au moins pour certains), le plaisir de crier, se bousculer, de l'excitation generale. Nous passons deux heures assez ereintantes, a essayer de constituer une file indienne -heureusement des jeunes filles du bidonville nous ont prete main forte-, filtrer le passage, puisque chaque enfant recevant une brosse a dents voyait son ongle colorie au marqueur, pour eviter la fraude, donc ca allait assez lentement, et a essayer de proteger les plus petits de la bousculade. Ce qui consistait en gros a s'introduire dans la queue derriere eux et a resister a la poussee de la file derriere.
On en ressort avec nos pantalons trempes, une tete au bord de l'explosion, mais au moins, la distribution aura ete un succes -meme si, malheureusement, tous n'ont pu en avoir cette fois, tout le stock ayant ete distribue, ils devront attendre la fois suivante-.
Apres cela, l'effervescence est telle chez les gamins, que nous renoncons a tenter des "soins" plus medicaux, puisque nous aurions aussitot ete encerclees par tous les gamins deja bien excites qui auraient exhibe des croutes deja cicatrises reclamant a corps et a cris un "bandage ! didi bandage !" ... On commence a connaitre la chanson, a savoir reconnaitre les plaies a bander, le bobo sur lequel du mercurochrome fera l'affaire (le mercurochrome ayant cet immense avantage que, la plaie coloree de rouge, le gosse ne risque pas d'aller voir une autre didi pour redemander un bandage, des fois que ca marcherai...), et les croutes, qui n'ont besoin de rien. Heureusement nos propres et pieds un peu egratignes nous donnent une certaine credibilite, quand un gamin fait manifestement "du cinema", on peu lui montrer nos propres croutes et l'imiter... En general, il eclate de rire et accepte notre refus.

Aujourd'hui par contre, journee bien plus satisfaisante du point de vue des soins, et du contact avec les habitants. Nous avons retrouve les deux plaies "a suivre" introuvables l'autre jour. La blessure de la gamine se guerit bien, et l'homme a la brulure nous affirme qu'il n'a plus mal -meme si la plaie necessite toujours des soins-. J'ai amene mon appareil, et discretement, je prends quelques photos "generales" du bidonville, afin de ramener un support visuel, pour expliquer la realite si dure a decrire. Et puis evidemment les gamins remarquent l'appareil, et on est bonne pour les prendre en photos (ils sont litteralement en transe des qu'on parle de photographie. Et exigeants avec ca : la deception que mon appareil ne soit pas numerique et donc qu'ils ne puissent se voir a l'ecran !).
La famille de "l'homme a la brulure" que nous avons soigne chez lui, a l'abri dans l'intimite de sa petite maison -au calme, sans agitation autour, c'est appreciable-, semble sincerement heureuse que nous ayons pense a revenir le voir, et nous offre le chai le fameux the au lait aux epices (ou plutot, Lait au sucre aux epices, avec un peu de the), c'est tres tres bon, et meme si on ne communique pas vraiment -au dela de l'echange des prenoms, c'est comme pour la seance henne : c'est une petite bulle, paisible, agreable, on rit de nos incomprehensions mutuelles, mais il n'y a aucune gene.

Sur le chemin du retour, alors que nous arrivons en bas du bidonville, nous rencontrons une cohorte de gamins de retour de l'ecole, dans leurs uniformes bon marche, c'est encourageant de voir que certains au moins sont scolarises, et la, je commets l'erreur fatale : avisant la plaie un peu infectee d'un gamin, je m'arrete, m'agenouille, pensant faire un soin rapide et puis voila... Mais non, evidemment, c'est aussitot l'attroupement tout autour, j'ai un genou dans la boue, et si mon sac s'en tire sans taches de betadine, ce sera un miracle, et tout aussi evidemment chacun veut se faire soigner... Il y a en a beacoup que l'on refuse sans probleme de conscience, mais voila une, deux, trois plaies qui sont moches et ont besoin de quelque chose... Alors les genoux dans la boue, l'une debout derriere l'autre pendant qu'elle s'affaire avec les compresses et les tulles gras, pour amortir la bousculade, on bande ces trois plaies, et puis hop hop, on remballe et on s'en va, apres un dernier bye bye... Quel contraste avec ces soins que l'on parvient a faire dans le calme des cabanes ! Mais au moins apprend on  a garder contenance dignite et calme dans toutes les situations -non je ne noierai pas dans le puits le mome qui me hurle didi dans l'oreille comme si ca allait me convaincre de lui poser un pansement sur sa croute, non je ne le ferai pas, ce serai pas sympa d'infecter l'eau de tout le bidonville par sa faute.

De nouveau bilan positif aujourd'hui, plus de hauts que de bas, ca fait du bien.

En dehors de cela, nous decouvrons chaque jour un peu plus notre quartier, la complexite et les contradictions du quotidien Indien. Notre quartier, je l'ai deja dit, est residentiel, plutot aise. Aussi on t il reagi assez vite devant les degats causes aux rues par la pluie, et des travaux ont ete entrepris... Mais quel manque ahurissant de moyens, meme la ! En gros sur le chantier, en dehors d'un rouleau compresseur tricentenaire (au moins) deux instruments : des beches, et de grands plateaux concaves, qui servent a transporter des gravas, la pluspart du temps juches sur la tete de femmes (pas de brouettes etc)... Et ca s'observe un peu partout... On construit une maison ? les briques sont transbahutees de la meme maniere, point de betonniere pour le mortier, on melange le tout a la beche-pelle sur le sol, et on transporte la mixture toujours dans les memes recipients... et ne parlons pas des echafaudages en bambous ou en metal dans le meilleur des cas, mais toujours plus que precaires...
Dans un autre registre, nous avons decouvert un multiplexe de cinema qui n'a rien a envier aux salles occidentales, au sein d'un centre commercial qu'on jurerai tout droit sorti des etats unis, dans l'architecture et l'organisation, avec les escalators (qui laissent perplexes pas mal d'indiens, hesitants a l'idee de les emprunter (le centre a ouvert tout recemment apparement)), ascenceurs de verre, etc... Il est sur le bord de la grande voie rapide qui traverse la banlieue de Mumbai, mais autour, et en bordure de cette route, des chemins defonces, des mendiants, des cabanes auxquelles les habitations du bidonville n'ont rien a envier, des gosses en haillons... Bref la misere omnipresente.

Encore un exemple : la separation des sexes toujours bien presente dans la societe Indienne, aussi bien dans les transports (et c'est un bien) que dans les relations sociales, surtout dans les classes les plus pauvres, (et c'est deja moins bien car souvent au desavantage de la femme), et pourtant, au centre commercial, ou la jeunesse riche du coin vient s'empifrer au mac do, ou dans le Food bazaar qui vend aussi des produits indiens et internationnaux, et la, on peut voir des groupes de jeunes habilles a l'occidentale, mixtes et manifestements tres a l'aise...
Il y a vraiment de quoi devenir schyzo, toutes ces contradictions..

Il est temps que j'y ailles, mais une derniere precision, pour repondre a la question posee plus tot : je debarque en France le 28 septembre au matin.
Et j'ai hate de retrouver une douche chaude, un lit confortable, des fruits frais, du chocolat noir aux noisettes, de la viande.... (non non on n'est pas du tout frustrees ici), de faire les milles et une choses que j'ai a faire (des inscriptions au changement d'ordi) et bien sur, surtout, de revoir les bora bora (non non c'est pas demago de dire ca). 

Par Anne-Laure - Publié dans : Voyage
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Lundi 19 septembre 2005 1 19 /09 /Sep /2005 00:00
Quatre des filles (soit dit en passant si je ne cite jamais leurs noms ce n'est ni du snobisme mal place ni de l'indifference, mais tout simplement du au fait qu'elles ne savent pas forcement que je tiens ce blog, donc je les laisse anonyme) sont parties a Goa, profitant des trains de nuits pour se faire un week end prolonge du samedi soir au jeudi matin. Elles avaient besoin de changer d'air, l'une trainait encore des restes de maladie, et le fait que nous soyons 6 leur permettait de partir s'aerer et visiter sans abandonner le navire, puisque nous restons a deux, pour aller au bidonville pendant leur abscence (en echange de quoi elles nous remplaceront pour que nous ayons deux journees pleines pour visiter Mumbai a leur retour).

Nous sommes donc a deux dans l'appart, dont les problemes de plomberie ont ete resolus, contre toute attente. Ce n'est pas que nous n'avions pas confiance dans le plombier, mais pendant les deux heures qu'il a passe dans notre appart, tres nonchalant et decontract, essayant de nous expliquer ses manoeuvres dans un anglais (plus qu') approximatif, notre perplexite, et notre peur de ne jamais en sortir n'ont fait que grandir.
Il a debarque comme la veille, a peine plus equipe : deux pinces et un bidon d'acide chlorhydrique (aux grands maux), bidon (qui fumait litteralement a peine ouvert) qu'il a consciencieusement vide dans les waters, avec un chiffon en guise de protection sur la bouche et pieds nus, bonjour la securite...
Bref, apres moult manoeuvres incomprehensibles, sucitant beaucoup d'apprehension chez nous, le probleme est resolu. Ouf.
A deux, l'appart est plus vivable, nous avons fait bruler de l'encens partout,  reussi a obtenir un semblant de proprete dans les salles de bains, et  meme -bonheur supreme- reussit a faire une lessive qui ne sente pas le moisi. Hourrah.

Aujourd'hui, nous sommes donc allees en equipe assez reduite au bidonville, ou nous avons croise les etudiants dentaires qui commencaient leur tournee aussi (demain mobilisation generale pour que la distribution de brosses a dents se passe sans trop de heurts), et nous sommes parties arpenter les allees. Il pleut moins ces deux derniers jours, et les chemins sont un peu plus pratiquables (on en sort tout du moins avec un peu moins de boue sur les jambes).
Nous ne reussissons pas a retrouver les deux plaies que l'on souhaitait principalement suivre (une brulure a la jambe chez un pere de famille, absent aujourd'hui, on espere le trouver demain, et la petite fille avec l'entaille au front dont j'ai parle dans un message anterieur), alors nous nous aventurons dans de nouvelles petites contres-allees, un peu au hasard, entourees de gamins, qui, comme d'hab', viennent nous serrer la main, echanger quelques mots, faire soigner un bobo, ou nous attirer chez eux.
Pas de vrai drame aujourd'hui, pas de choses trop dures, meme si je ne m'habitue pas a ces regards lorsqu'apres qu'on nous ai montre des plaques, des lesions anciennes, reclame de la pommade pour ceci ou cela, il nous faille repondre -et expliquer- Non desolee, pas de pommade, pas de medicaments lourds,  bandages, soins,  mais pas medicaments... Tomorow ? Non, pas tomorow, pas demain, ni apres demain, voila, je ne peux pas, j'aimerai, mais je ne peux pas.
Finalement, apres avoir masse un dos douloureux -plein de noeuds, heureusement l'autre fille s'y connait en massage, et avoir explique par gestes, en anglais plus ou moins bien traduit par une gamine, comment le fait de se tenir droit pouvait soulager (tres credible venant de moi, qui suis en ce moment meme totalement avachie sur la chaise devant l'ordinateur), bande quelques plaies -on devient des expertes en tulle gras-compresses-bandage, des gamines nous attirent chez elles.

On s'installe donc, sous l'oeil bienveillant de la mere occupee a enfiler des perles -elles sous-traitent en fabriquant des colliers, boucles d'oreilles etc-, les gamines repoussent leur propre travail, et entreprennent de nous decorer la paume de nos mains gauches au henne. Le trace est un peu hesitant, mais qu'importe, ce moment a l'abri dans leur petite maison, a chanter des chansons en francais, et a communiquer par langage des signes, pendant qu'elles nous peinturluraient les mains, ca n'a pas de prix.
Resultat, j'ai sur ma paume, en dessous des fioritures de rigueur, ce qui est sense etre une tete d'aigle, mais qui, il faut bien le dire, ressemble furieusement a une tete de pigeon -le fleau universel des villes, il y en a partout, meme ici-, et qui va me rester trois bonnes semaines. Mais, bizarrement, j'en suis tres heureuse.

Nous sommes rentrees du bidonville sans avoir vu le temps passer, et terminant sur une note positive, c'est apaisant et agreable, parce que notre presence ici se justifie par ces echanges a demi mots, qui nous enchantent autant que les enfants. Et de nouveau, la meme question revient  mais que penser de tout cela, de notre presence ici, ou meme, que penser de leur vie. C'est miserable, mais il y a la solidarite (c'est du moins l'impression que l'on a), un tissu social tres soude, les gamins veillant les uns sur les autres et surveilles d'un oeil par un peu toutes les femmes restant a la maison. Alors quoi ? Le bonheur malgre la misere, c'est un peu cliche non, et c'est peut etre uniquement une impression qu'on se fabrique nous meme, pour mieux dormir la nuit.
Et alors que j'en suis la de mes reflexions, tandis que nous marchons vers la sortie du bidonville, je tourne la tete, et une gamine se fait battre par sa mere, il faut serrer les dents et passer sans rien dire, nous sommes occidentales et nous n'avons pas de jugements a emettre, pas a nous imiscer dans tout cela, alors chut.
Mais cette scene entrevue n'est que l'echo de nos interrogations, Heureux, Malheureux, possible ou pas de s'en sortir, nature des relations familiales et communautaires...

On regagne l'appart les mains en fete (vive le henne), et le coeur un peu trouble, comme toujours.
Par Anne-Laure - Publié dans : Voyage
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Samedi 17 septembre 2005 6 17 /09 /Sep /2005 00:00
On trouve nos marques dans l'appart : Tenter de suspendre un fil a linge entre les moustiquaires et le ventilo au plafond afin que l'humidite s'echappe plus facilement, Peaufiner les techniques pour se glisser sous la douche froide (le chauffe eau a rendu l'ame), laver a l'eau desinfecter tout ce qu'on mange de frais, et ranger la nourriture ouverte dans des boites le plus etanches possibles.

Mais ce qui devait arriver est arrive : toilettes bouchees. Apres une soiree a faire les autruches (Et si ca s'arrangeait comme par magie pendant la nuit ?), il a fallut se rendre a l'evidence ce matin : il fallait un plombier. Bien. Mais comment on fait ?

Coup de fil a notre contact francais, qui nous renvoie a l'appartement de l'autre groupe d'etudiants (dentaires) dans lequel un precedent groupe a laisse les coordonnees d'un plombier.

Bien, coordonnes recupperees, il faut maintenant telephoner, et se faire comprendre. En verifiant dans le dico, je prepare mon petit speech en anglais, que je debite depuis la cabine du cyber cafe. On me baragouine un truc a l'autre bout de la ligne.
Flottement. "Euh, do you speak English ?" "Yes" (ah bon ???). Je reprends, et evidemment au moment ou le type commmence a cerner le probleme et a me demander notre adresse, la communication se coupe.
Bon. On recommence. Heureusement je retombe sur le meme type, et j'acheve de lui donner notre adresse. Je pige pas tout ce qu'il raconte, mais le "I'm coming now" me decide a raccrocher et a rentrer a l'appart. Un quart d'heure plus tard, debarque un type, tres decontract', avec la meme carte de visite que celle que le groupe nous avait laisse -c'est donc bien lui-, une malheureuse cle a la main. Apres avoir regarde un peu partout, son verdict tombe il ne peut rien faire aujourd'hui (sans rire ? Une cle plate ca debouche pas les toilettes ?), mais demain entre 10h, euh 10h30 et 11h, enfin demain matin quoi, il le fera.
La dessus arrive un type de l'agence qui loue les apparts dans le complexe, avec une femme et sa fille qui veulent visiter l'appart. Forcement c'est crade et en bazaar, les toilettes sont bouchees, le plombier baragouine quelque chose. La situation devient franchement surrealiste et j'ai la vague impression qu'elle nous echappe. Aussi soudainement qu'ils etaient venus, les visiteurs partent, et le plombier nous demande un verre d'eau minerale. Apres que nous l'ayons cuisine pour avoir une estimation des prix, il repart aussi decontract qu'il etait arrive, (non sans nous avoir serre la main et demande nos noms et parle du groupe de francais qui avait fait appel a eux), laissant dans l'appartement un vague sentiment entre incredulite et on-aura-tout-vu-ite.

Je vous aurais bien raconte l'invraisemblable bollywood que nous sommes alles voir l'autre jour, mais le temps manque...

Par Anne-Laure - Publié dans : Voyage
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Samedi 17 septembre 2005 6 17 /09 /Sep /2005 00:00

On s'installe dans une routine precaire, au bidonville. On a renonce au grand sac plastique air france (un genre de cabas), trop peu pratique et dans lequel les petits curieux pouvaient trop facilement fouiller, et on l'a remplace par nos sacs a dos, bourres jusqu'a la gueule de compresses tulles gras et desinfectant. On a appris a eviter certains ados pour qui un petit groupe d'occidentales ne parlant pas trois mois d'hindi (nous debarquons a deux, trois ou quatre en general) est une proie un peu trop tentante a titiller. Nous preferons marcher entre les "maisons" d'ou on nous appelle de loin en loin. Alors nous enlevons les chaussures, on entre, pour constater la brulure de l'un la plaie de l'autre, des blessures traumatiques que nous pouvons soigner, ou bien, une cruelle impuissance devant des maladies dermatos, des oreilles infectees, des vieilles fractures mal reparees.

Peu a peu nous tentons un certain suivit des blessures qui sont a la fois serieuses et soignables : on revient le lendemain, ou le surlendemain, pour voir comment ca evolue, et recommencer les memes gestes, refaire un pansement propre.

Le bidonville est un lieu tres etrange. Je l'ai deja dit, je crois, une des choses qui me destabilise le plus, en Inde, c'est que je n'ai aucune cle pour comprendre vraiment ce que je vois. Notre societe, nos villes, notre conception de la vie, tout est tellement fondamentalement different que les jugements, les evaluations d'une situation, que je peux faire sont au mieux approximatif, au pire totalement errones.

Le bidonville, donc. Il est tres vert et tres sale, dans les allees une eau stagnante, melange de detritus, pipi de chevre, boue et autres matieres indefinissable, organise, autour d'un puits, de latrines (ou ce que l'on pense etre des latrines) et de grandes allees principales, et labyrinthique, desorganise... Les pieds des habitants sont bouffes par des mycoses, et que peut on y faire ? Leur dire de garder les pieds au sec ? Ne les faisons pas rire... Les conditions sanitaires sont effroyables...

Certaines familles, qui nous invitent a boire un the, ont l'air heureuses, vraiment. Le couple aimant de parents, et interesses par nous autres occidentaux, et la tribu de gamins gravitant autour. Attention, je ne tombe pas dans un angelisme d'occidentale, evidemment leur vie serait sans doute meilleure s'ils ne vivaient pas dans une baraque en baches-armature de bois ou de planche, qui fuit de partout, si les gosses etaient soignes et pouvaient beneficier d'une meilleure ecole etc... Mais malgre tout, en les voir ainsi, ca ressemble furieusement a du bonheur.

Mais a cote de cela, il y a ces choses que l'on voit et qui heurtent, comme cette gamine, perdue au milieu des autres venus pour des bobos, avec une enorme entaille au front. Lorsque je la desinfecte elle ne bronche pas, esquisse meme un sourire triste -et pourtant, ca pique-. La plaie est profonde et peine a cicatriser, il est trop tard pour en rapprocher les berges, et elle aura une cicatrice. En achevant son pansement et en deplacant des meches de cheveux, je decouvre, juste au dessus, une cicatrice, d'une vieille blessure, en tout point semblable. Ce ne sont pas des accidents, ce n'est pas possible, trop profond, trop precis, au meme endroit. Cette gamine qui se sauve deja, dans sa tenue rouge, qui est venue seule -et non pas avec un frere/soeur/parent- a un croque mitaine qui gravite autour d'elle, et je n'y peux rien, si ce n'est bander une plaie. Mais dans un mois, dans un an, il y aura d'autres cicatrices.

Il y a cette femme vue dans le train, avec des coupures cicatrises plein les avant bras. Blessures defensives. L'inde et ses 40% de femmes battues, deux fois la moyenne mondiale.

Notre impuissance devant tant de blessures, et le cote derisoire de notre action ponctuelle me font -nous font- remettre en question ce que l'on fait la maintenant. Meme si je crois toujours a ce que j'ai dit sur la dynamique insufflee au bidonville par notre action, (et dieu sait que je me suis investie dans cette assos, dans ce projet et que j'y crois), meme si nous aidons ponctuellement quelques personnes, ce n'est pas suffisant. Je pense que nous serions plus utiles -et apprendrions d'autant plus de choses nous meme- dans un dispensaire genre mere theresa a Calcutta, pour aider au sein d'une structure contenant egalement des soignants plus competents, en reorientant notre projet ici, en l'axant plus sur l'avenir, via le developpement du parainage ou autre...

Meme si ce que nous vivons maintenant est une experience formidable, ne serai ce que par le contact avec les habitants, la frustration de l'impuissance est trop grande. Enfin bref, ce sont des choses a creuser.
Par Anne-Laure - Publié dans : Voyage
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