Enfin du soleil ! Apres une semaine tres pluvieuse (on a eu jeudi et vendredi deux jours de pluie quasi ininterrompue), un samedi hesitant, le dimanche etait radieux.
Resultat, on a vraiment profite de ce dernier week end a Bombay, qui, pourtant, n'est pas une ville tres agreable : Nous sommes allees a l'Ile Elephanta. Une heure de bateau pour y aller... En bonnes radines on a pris la classe economique (parce qu'il y avait 20 bonnes roupies de difference avec la classe Deluxe, ce qui fait bien, oh, 35 centimes d'euros), et les autres touristes etant moins rapia que nous, on n'est qu'avec des indiens sur le petit bateau. Nous voila bonnes pour etre devisagees une fois de plus, (certains ne se genent vraiment pas, il y en a meme qui prennent des photos avec leur portable...) mais a force on en prend l'habitude...
Il fait beau et tres chaud (le choc thermique va etre rude au retour en France... Ce que nous appelons ici une temperature fraiche est quand meme une temperature a laquelle nous nous baladons bras nus et en pantacourt sans eprouver le besoin d'etre plus couvertes), mais heureusement, la vegetation luxuriante de l'ile assure de l'ombre au chemin-escalier qui permet de monter jusqu'aux grottes-temples situees un peu plus haut dans l'ile. D'ailleurs, en plus des arbres, des baches sont tendues au dessus du chemin, ce qui rajoute de l'ombre... Moi, toujours aussi naive oooooh ils sont sympa, ils ont pense a proteger le chemin pour pas qu'on meure de chaud... Tu parles. Au bout de tant de temps on pourrai penser que j'ai integre la lecon rien n'est desinterresse : les baches sont tendues par des vendeurs de statuettes, tee shirts, et diverses attrapes-touristes au dessus de leurs etals, sachant pertinement que le touriste est plus enclin a s'arreter a l'ombre que sous un soleil de plomb.
Autour de nous, une grande majorite d'Indiens -comme d'habitude, meme sur les sites touristiques-, l'Ile Elephanta etant apparement une excursion classique le dimanche : l'environnement est agreable, les familles indiennes apportent leur pique nique (rien a voir avec nos sandwichs a nous, il faut comprendre par la, la cantine pleine de riz, les legumes, les sauces et les couverts en fer blanc), des raquettes de badminton, ou meme l'eternelle batte de cricket (j'ai toujours pas compris en quoi consistait ce sport mais ils en sont vraiment dingues).
Et pres de tout cela, des grottes-temples, dont les statues ont malheureusement ete en partie detruites par les portugais, mais les statues restantes demeurent impressionantes. L'ensemble est dedie a shiva, et un musee en anglais nous aide a comprendre la signification des statues... Parce que sans explications, l'interet est moindre et le touriste idiot "Oh il y a trois tetes laaa !". Au moins, apres etre passe par le musee, on peut s'exclamer "Oh ! Un shiva Tricephale symbolisant la destruction (sourcils fronces pas content), le maintient de la cohesion du monde (l'air paisible et serieux), et la creation (tete douce et feminine avec un lotus) !".
Aujourd'hui, lundi, il fait tout aussi beau (et tout aussi chaud), et on prepare des crepes pour ce soir : un des habitant du quartier "riche" (ayant une maison un peu plus en dur) qui a l'habitude de guider les benevoles dans le bidonville et de passer du temps avec eux (donc nous aussi), nous a invites chez lui, et nous amenons les crepes (apparement d'autres francais en ont deja fait car ils connaissaient).
Je repars demain soir et j'ai encore des choses a faire : demain matin, musee sur Bombay, demain apres midi, une derniere fois au bidonville... et demain soir, rejoindre l'aeroport... Comme a chaque fois, tout s'accelere et alors qu'on pensait avoir tout son temps, la fin est imminente...
Mais pour etre totalement franche, une partie de moi poussera un petit "ouf" de soulagement lorsque l'avion decollera.
Pourtant, mon sejour m'a plu, l'Inde m'a eblouie, fascinee... En voyageant dans un pays totalement inconnu, en m'asseyant dans des bus ou des trains toutes portes et fenetres ouvertes, et en me laissant porter, ou en errant dans les dedales des villes indiennes, je ressens une forme de liberte absolue qu'il est dur de retrouver ailleurs. Je suis hors du quotidien, dans mon monde...
Mais l'Inde m'a, egalement par moments, exasperee, choquee ou boulversee. On ne rentre pas en Europe avec le meme regard, apres avoir vu tout ca. La misere tellement omnipresente qu'elle en devient banale, qu'on en arrive a ne plus regarder les enfants mendiants pour ne pas leur laisser l'espoir d'obtenir de nous quelque chose et parce que tous les guides, et les indiens le disent... Ne pas encourager les enfants a mendier... Mais ce n'est pas parce que c'est la chose a faire que c'est facile, ces gosses sont en haillons et dorment Dieu sait ou... Les taudis, partout ou la ville leur laisse la place, sous les ponts, entre deux immeubles (sauf dans les quartiers suffisament chics pour avoir une organisation privee avec gardiennage etc), en bordure de voie ferree ou de voie rapide...Il y a les lepreux, qui vous tendent leurs moignons, alors que la lepre, ca se soigne...
Il y a ces images qui me hantent, de corps sur les trottoirs : un homme nu, recroqueville a la sortie d'une gare de bombay, sur un coin de trottoir, harcele par les mouches mais immobile ; une silhouette de gamin, dix ans a tout casser, etendu en travers d'un trottoir, pres de la gare de Trichy, un morceau de tissu recouvrant la moitie de son visage et une partie de son corps ; et a chaque fois la meme indifference (ou impuissance) des passants, et la meme pensee et s'ils etaient morts, qui s'en rendrait compte ?. Et puis il y a la salete, les monceau d'ordures aux coins des rues, les gosses qui se soulagent dans les allees du bidonville ou des petites rues entre les taudis des villes, les odeurs de pourriture ou d'urine... (En gros, a notre retour on trouvera chatelet les halles rutilant de proprete)...
On pourrai ajouter a cela les problemes de communication qui sont parfois exasperants, et puis continuer, parce que finalement ici tout est tellement different, depaysant qu'il faut faire l'effort de s'adapter... Alors pour tout cela, oui, je serai soulagee d'etre dans l'avion.
Mais plus encore, pour les paysages du sud, pour flaner dans les temples, me faire toute petite dans un temple Jain, sans trop oser photographier une ceremonie en cours (jusqu'a ce que deux japonnaises ne debarquent avec un guide, mitraillant tout au flash et me decomplexant un peu, avec mon flash desactive), pour me perdre dans les rues, m'assoir dans un train de banlieue a cote de la porte ouverte afin de profiter du courant d'air, pour les experiences culinaires plus ou moins probantes, pour les routards ou les indiens sympa rencontres en route, pour le choc salutaire du bidonville, pour le henne sur les mains, pour un homme qui vous dit qu'il n'a plus mal, ou pour un pansement bien fait, pour bousculer mon quotidien, pour tout cela, si c'etait a refaire, je le referai, les yeux fermes.

Commentaires